La peinture expressionniste : Otto Mueller

Otto  Mueller – Deux jeunes filles nues dans un paysage – 1924

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Fils adoptif de l’écrivain naturaliste Gerhart Hauptmann, Otto Mueller est avant tout connu par son appartenance au groupe Die Brücke (Le Pont). Après avoir étudié la lithographie, il s’inscrivit en 1894 à l’Académie des beaux-arts de Dresde jusqu’en 1896, puis à Munich (1898-1899) où il fut l’ élève de Stuck. Jusqu’en 1908, Mueller vécut à Dresde, réalisant un certain nombre de toiles qu’il détruisit par la suite. L’influence qui le marqua à l’époque, celle de Böcklin, lui inspira en partie sa mystique de la nature.

En 1910, il fit la connaissance des peintres de la Brücke (en particulier Kirchner, Heckel et Pechstein) qui poursuivaient les mêmes recherches et l’invitèrent à s’associer à leur groupe. Son syle se modifia sous leur influence. S’il reste fidèle à son harmonie si particulière des couleurs, ses personnages deviennent plus anguleux mais ce sont toujours les mêmes thèmes qu’il évoque – nus dans les paysages, portraits peu nombreux, images de la vie des tziganes ( à partir des années 20) et enfin ses célèbres baigneuses. En 1919, Otto Mueller deviendra professeur à l’Académie des beaux-arts de Breslau et y enseignera jusqu’à sa mort.

Sa grande période créatrice correspond aux années qui suivirent sa rencontre avec La Brücke. Moins tourmenté que le style de Nolde, de Heckel ou de Schmidt-Rottluff, moins décoratif que celui de Kirchner, le style d’Otto Mueller frappe avnt tout par le lyrisme paisible qui en émane et qui culmine dans ses nombreuses toiles représentant des baigneuses nues, dans des paysages de roseaux. Les jeunes filles sont élancées, montrées de dos ou de face, graciles et anguleuses, allongées au bord d’un lac, parmi des arbres ou des herbes effilées. Les couleurs sont toujours harmonieuses, formées de savants dégradés de verts et de bleus. On ne retrouve pas che Mueller ni la violence du primitivisme de Gauguin, accentué chez les autres peintres de la Brücke, ni leur pessimisme. Alors que Schmidt-Rottluff et Heckel s’inspirent de l’art nègre, Mueller fut marqué par les arts de l’Egypte ancienne et ses visages de jeune fille rappellent ceux des bas-reliefs.

Les couleurs d’Otto Mueller sont toujours lumineuses et claires, le style linéaire, les teintes délicates. Le thème de la fusion de la femme et e la nature est sans doute le plus constant de l’oeuvre d’Otto Mueller.  » Je m’efforce avant tout d’exprimer le plus simplement possible ce que m’inspirent les hommes et les paysages, affirmait-il. » On retrouve chez Otto Mueller la vision mystique de la nature chère à Böcklin, mais surtout ce mélange de beauté, de poésie, de sérénité toujours présent dans ses évocations des nus et des paysages. Cette mysrtique se retrouve chez la plupart des peintres de la Brücke – qui utilisant leurs amies comme modèles, les peignaient au bord des lacs – mais chez Mueller, les contours sont moins anguleux et toujours harmonieux. la calme beauté de ses baigneuses n’a guère de rapport avec la violence des nus de Pechstein ou Nolde.

Ces baigneuses d’Otto Mueller frappent par quelque chose de lyrique, d’irréel, de mélancolique, qui nous émeut toujours. Il utilise de larges aplats de couleurs, une construction subtile des personnages et du fond qui permet de mêler étroitement les corps de filles au paysage, au milieu de teintes fines et délicates qui donnent à ses toiles la dimension d’un décor de rêve.

Jean-Michel Palmier

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